Si les transactions non-monétaires ne cessent de progresser dans le monde, la circulation des billets et des pièces dans la zone euro est également en augmentation depuis 2009. Mais où passent ces liquidités ?

Le groupe Capgemini a récemment publié le World Payments Report 2019 qui recense et analyse les volumes de transaction non-monétaires, ainsi que la transformation numérique sur le marché mondial des paiements. Il en ressort que les volumes de transactions non-monétaires connaissent une croissance exceptionnelle, particulièrement dans les marchés émergents asiatiques (croissance de 32 %) et dans la région ECMOA (Europe centrale, Moyen Orient, Afrique, avec une croissance de 19 %). Les marchés mâtures (APAC, Europe et Amérique du Nord) ont pour leur part enregistré un taux de croissance constant s’élevant à 7 %.

La Suède et la Norvège seraient les meilleurs élèves du Vieux continent. Quelques 600 paiements numériques seraient en effet effectués en moyenne par an par un Norvégien. Sans surprise, ce sont les Italiens qui continuent à privilégier les paiements en espèces. L’étude révèle que seulement 13 % des paiements y sont effectués avec une carte de crédit. Il suffit d’ailleurs de se promener à Rome pour comprendre que la majorité des commerçants ne sont même pas équipés d’un terminal de paiement. Une part grandissante des euros en circulation en Europe La situation est néanmoins paradoxale du point de vue européen, car si l’utilisation des cartes de paiement ne cesse de progresser, la circulation des billets et des pièces en euros est également en augmentation depuis 2009 pour atteindre, en 2018, un montant de 1 260 Mds€.

Mais que font donc les Européens de leurs espèces ?

La Banque de France vient d’apporter une explication, dans son bulletin n° 225 de septembre 2019 : « L’utilisation des billets comme support de thésaurisation, particulièrement importante en période d’incertitude économique ou politique, est confirmée par l’enquête sur l’usage des espèces au sein de la zone euro conduite en 2016 par la BCE. Selon cette enquête, près de 24 % des Européens interrogés déclarent détenir de l’argent liquide hors de leur compte bancaire comme réserve de précaution ou comme moyen d’épargne ». Ce serait un montant de 600 Mds€ qui aurait ainsi été thésaurisé en 2018 au sein de la zone euro ! Les billets cachés au fond du tiroir, sous son lit ou dans le jardin pour faire face à un avenir qui pourrait se révéler incertain sont des pratiques d’un autre temps et que l’on pensait révolues. Mais si les banques commencent à taxer les dépôts pour compenser l’impact des taux négatifs, comme l’a déjà annoncé la banque privée Lombard Odier, et sans politique efficace de réorientation de l’épargne vers l’économie réelle, le phénomène ne risque-t-il pas de s’amplifier ?

 

« Pour signaler un contenu indésirable ou illicite, nous vous invitons à nous contacter à l'adresse suivante : contact@droit-patrimoine.fr. »