L’ÉDITO – DROIT&PATRIMOINE MAGAZINE

Ils seraient 17 millions dans l’hexagone. 2,3 milliards au plan mondial. Les millenials, autrement surnommés la génération Y, celle née entre 1980 et 2000. Ceux pointés du doigt pour casser les codes des entreprises, révolutionner l’approche du travail et du salariat.

Ceux qui passent plus de temps sur les réseaux sociaux que dans leurs livres de poche. Si certains refusent de catégoriser cette génération en dénonçant avant tout un concept marketing, d’autres leur reconnaissent pourtant un particularisme. Notamment quant à leur rapport à l’argent. L’étude menée récemment par la Banque Neuflize OBC et Asterès intitulée « les nouveaux entrepreneurs et l’argent » confirme cette approche. « Près de la totalité des nouveaux millionnaires entre 2026 et 2036 seront nés après 1980 et plus de 90 % de la nouvelle richesse créée au cours de cette décennie-là le sera par les jeunes générations.

En 2046, ces derniers représenteront 91 % des millionnaires et détiendront 82 % du patrimoine total », introduit-elle. De quoi encourager les banques privées à se préparer à accompagner un nouveau type de clientèle. Ces nouveaux entrepreneurs affirment en effet attacher moins d’importance à l’image sociale que représente le fait d’être client d’une banque privée. Ayant grandi avec les crises économiques et géopolitiques, ils auraient un plus grand sens de la responsabilité que les générations précédentes. Leur utilisation quotidienne d’Internet leur aurait permis d’élargir les cercles sociaux avec lesquels ils interagissent, leur assurant d’obtenir des approches et avis différenciés sur leurs agissements. Cette autonomie se révèle d’ailleurs dans la gestion de leur argent. « 58 % des jeunes millionnaires se disent activement impliqués au quotidien dans la gestion de leur argent, contre un peu plus de 50 % pour les générations précédentes », révèle l’enquête.

En outre, 41 % d’entre eux n’auraient recours à aucun conseiller professionnel. Une tendance particulièrement forte auprès des entrepreneurs à succès, habitués à mener leur barque. Paradoxalement, ils sont nombreux à avoir une aversion au risque. Exception faite des investissements socialement responsables, auxquels ils prêtent davantage d’intérêt en considérant leur impact positif sur le monde. « La perspective de percevoir des revenus réguliers les pousse aussi à s’intéresser davantage que leurs parents et grands-parents aux actifs matériels comme l’immobilier ou le foncier. Par ailleurs, 47 % de leur patrimoine financier est détenu sous forme de liquidités, contre 30 % pour leurs parents et 16 % de leurs grands-parents ».

De nouveaux rapports avec leurs conseillers

Les CGP et les banquiers privés n’échappent pas à la méfiance de cette génération. Organisations trop bureaucratiques, une motivation essentiellement tirée par l’appât du gain et du profit, un manque de transparence… les critiques sont acerbes.

« La menace de disruption de ce secteur encore peu bousculé est réelle », reconnaissent les enquêteurs qui proposent trois pistes de réflexion : « Premièrement, les organisations doivent être capables d’appuyer leur proposition de valeur sur des faits pour gagner la confiance d’une génération critique par défaut ;

Deuxièmement, les millenials exigent davantage de transparence dans la communication, dans les pratiques de gestion, mais aussi dans les modes de rémunération des conseillers ; Troisièmement, les millenials souhaitent exercer un certain degré de contrôle sur leurs investissement ».

Et de conclure : « Tous les secteurs économiques associés aux grandes fortunes seront fortement impactés par cette évolution et devront s’adapter à ces nouvelles générations de clients, très différentes de leurs parents et grands-parents ». On se permettra d’ajouter que les professions juridiques pourraient, elles aussi, engager une réflexion sur le sujet. Car cette génération millenials pourrait aussi casser les codes du droit.

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