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Le Libra est mort, vive les Libras

Par Moundir Akasbi, membre du comité scientifique de Droit & Patrimoine, avocat, directeur du MBA Droit des affaires internationales, ESLSCA Paris

Après la renonciation de puissants partenaires, Marc Zuckerberg a annoncé, en novembre 2019, l’abandon de son projet sur le Libra, cryptomonnaie de Facebook. Ce projet avorté avait eu le mérite d’animer des débats et de réanimer des consciences.

Une bataille public/privé pour l’organisation d’un nouveau système monétaire

Désormais, des puissances privées comme les GAFAM et les BATX sont en mesure de concurrencer les puissances publiques dans l’organisation du système monétaire et des échanges internationaux. La virtualité, l’absence de frontières, les réseaux sociaux, les outils IA, la Blockchain… les acteurs privés empilent les atouts. Ils peuvent ainsi donner un nouveau visage aux échanges et transactions transfrontalières. Les autorités publiques nationales et internationales n’ont pas manqué de réagir face à ce lyrisme inédit. Leurs esquisses gesticulatoires tentent tant bien que mal de reprendre le contrôle sur ce qui n’est rien d’autre que le bouleversement intelligible, par la technologie et le digital, de la monnaie traditionnelle. C’est dans ce sens que la BRI a annoncé, fin 2019, la création dès 2020 d’une cryptomonnaie européenne capable de répondre à ces nouveaux défis. Pour la même échéance, la Banque de France a annoncé en décembre dernier la création d’une monnaie digitale de banque centrale (MDBC). L’idée d’une CBDC (Central Bank Digital Currency) est devenue concrète pour que plusieurs pays comme le Royaume-Uni, le Canada, Singapour, la Suisse, la Suède, la Turquie, l’Iran et la Chine pensent à la mise en place d’une monnaie électronique contrôlée par le pouvoir souverain. Des micros États au milieu des océans ont également annoncé leur volonté de lancer leur propre monnaie digitale. Avec ces initiatives, à quel risque s’exposent les futurs utilisateurs ? Comment fera le petit consommateur, celui qui est perdu pendant ses vacances dès qu’il change de pays et de monnaie ? Comment peut-il faire la distinction entre crypto privée et publique ? Comment peut-il faire son choix ? Combien de monnaies aurons-nous à terme ? Quelles limites à cette frénésie créatrice ?

Y a-t-il un gagnant ?

L’avortement du projet Libra est loin d’être une fatalité pour les puissances privées. Facebook est apparemment le plus faible des acteurs car il souffre d’un problème de stratégie, d’innovation et surtout d’un manque de confiance. En même temps, les agents économiques ont de moins en moins confiance dans les monnaies traditionnelles. Les politiques des banques centrales poussent les acteurs économiques à s’interroger sur la valeur, pire des questions qu’ils peuvent se poser car elle est sous-jacente d’un doute latent. Face à cette architecture très américaine, l’Europe ne souhaite pas abandonner cette construction comme elle a déjà renoncé au combat sur le Cloud. Au moment où l’Europe confie toutes ses données à des Clouds non-européens, elle ne souhaite pas assister désormais en spectateur à la construction d’un outil Blockchain avec des enjeux stratégiques sur la monnaie. Certains analystes pensent même que l’ajout de devises numériques soutenues par des acteurs privés et des banques centrales pourrait challenger la domination du dollar américain dans le commerce et la finance mondiale. Ces projets pourraient devenir les ingrédients d’un « panier numérique de devises », comme l’a proposé l’ex gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney. Bien qu’il s’agisse d’hypothèses intrigantes et présomptueuses, elles sont cependant improbables à court terme. Les améliorations de la technologie de paiement ont peut-être fait baisser le volume des paiements en espèces, mais il y a peu de garanties qu’elles réduisent les frais de passage entre les devises. Il est difficile d’imaginer comment la technologie pourrait soigner tous les maux. Les contrats commerciaux et financiers continuent d’être libellés en grande majorité dans une seule monnaie plutôt que de faire référence à un panier de devises. Pour qu’une telle alternative fonctionne, les banques centrales devraient coordonner davantage leurs projets. Les monnaies numériques auraient sans doute certains avantages par rapport aux monnaies fiduciaires. Des offres à grande échelle telles que We Chat Pay en Chine se développent. Les acteurs ont besoin de moyens de paiement transfrontaliers moins chers et plus rapides. Actuellement, les transferts sont lents et coûteux. Néanmoins, si la technologie peut offrir des procédés plus rapides, elle ne saurait, à elle seule, résoudre tous les problèmes.

 

Plus d'informations sur le libra : https://libra.org/

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