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Trois questions à Fabrice Veverka, associé du cabinet Viguié Schmidt & Associés

Par Anne Portmann

Les mesures pour tenter de réguler les marchés financiers pendant la crise du Covid-19 se multiplient dans tous les pays. Ces mesures seront-elles suffisantes pour rassurer les investisseurs et éviter d’ajouter une crise boursière à la crise sanitaire ? Le point de vue d’un avocat spécialiste de ces questions. Trois questions à Fabrice Veverka, associé du cabinet Viguié Schmidt & Associés

Parmi les mesures annoncées dans les différents pays, lesquelles vous paraissent les plus efficaces pour amortir les effets de la crise sur les marchés financiers ? La reprise constatée sur les derniers jours sera-t-elle durable ?

Les marchés financiers, tout comme les pouvoirs politiques et les sociétés dans leur ensemble, n’ont que très récemment pris la mesure de l’ampleur et de la réalité de la crise. Dans ces conditions, les acteurs n’ont pas été en mesure d’en apprécier précisément les effets immédiats, et encore moins ceux à plus long terme. Les « secousses telluriques » de cette crise sont tellement profondes que ce travail d’analyse prendra un certain temps, et dans cette attente, la volatilité demeurera forte.

Ceci étant dit, les marchés financiers réagissent à deux types de mesures :

1) les mesures techniques, de la compétence principalement des régulateurs.

En France, c’est en premier lieu l’Autorité des marchés financiers (AMF) qui a la main. Elle a passé un certain nombre de messages clairs, qui sont de nature à apporter quelques certitudes, ce qui, par les temps qui courent, va certainement dans le bon sens. Le message est double : permettre aux marchés de fonctionner en limitant les tensions et montrer que la démarche de régulation est mise en œuvre de manière globale, ce qui est indispensable aujourd’hui compte tenu de l’interdépendance qui existe entre les différents marchés financiers.

2) l’évolution des marchés sera à moyen terme très fortement guidée par les mesures d’amortissement et de relance macro-économiques.

La vraie question est de comprendre rapidement les conséquences de la crise du Covid-19 d’un point de vue macro-économique, et d’appliquer cette compréhension d’un point de vue « micro » à la situation des émetteurs. Il ne s’agit pas d’une réflexion à long terme, mais bien à quelques semaines : on sait qu’un certain nombre de grandes sociétés se trouvent -ou vont très rapidement se trouver- dans une situation intenable si les mesures de confinement généralisées perdurent : compagnies aériennes, constructeurs automobiles, etc. Ce sera également le cas pour une grande partie de leur écosystème. Quelles mesures structurelles exceptionnelles et efficaces pourront être prises pour protéger ces acteurs ? La réponse à cette question est évidemment clé pour les investisseurs, car elle donnera de la visibilité. Or, ces décisions sont avant tout politiques, et du ressort de nombreux acteurs : gouvernements, BCE, Union Européenne. Sur ce sujet, il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives, même si on note très clairement un volontarisme fort de la part des gouvernements et des autorités supranationales, ce qui est de nature à rassurer dans une certaine mesure les marchés à court terme. À plus long terme cependant, le coût de tout ceci aura naturellement un impact important, qui se reflétera dans les valorisations.    

Des mesures concertées et harmonisées au niveau mondial seraient-elles souhaitables et si oui lesquelles ?

De mon point de vue, l’urgence en matière de décisions concertées, pour ce qui concerne la situation en France et dans le reste de l’Union européenne, consistait à faire passer clairement le message que les règles européennes en matière de discipline budgétaire seraient suspendues, afin de donner aux États membres la flexibilité nécessaire pour répondre efficacement à une situation tout à fait exceptionnelle et imprévisible. C’est ce qui a été fait en fin de semaine dernière. S’agissant de mesures plus techniques relatives au fonctionnement des marchés financiers, il faudra sans doute réfléchir à assouplir les règles applicables en matière d’obligation de déposer une OPA en cas de franchissement du seuil de 30 % du capital et des droits de vote, afin de permettre au maximum aux émetteurs qui en auront besoin de renforcer leurs fonds propres à l’issue de cette crise. Une plus grande flexibilité et une harmonisation européenne en la matière serait la bienvenue.

Quels conseils faut-il donner aux investisseurs dans le contexte actuel ?

Comme dans toute situation exceptionnelle, la réaction à chaud est en général mauvaise. Mieux vaut, dans la mesure du possible, attendre que les marchés absorbent les premières sur réactions des investisseurs, et que la volatilité diminue, pour prendre des décisions. Les investisseurs doivent garder à l’esprit que, malgré les mesures sanitaires en place, ils demeurent en mesure d’exercer leurs droits d’actionnaires : poser des questions écrites et participer aux assemblées demeure tout à fait possible, même si les modalités seront chamboulées. Le gouvernement travaille en effet sur un projet d’ordonnance qui autorisera de manière exceptionnelle mais généralisée la tenue des assemblées générales sans la présence physique des participants. L’exercice de ces droits par les actionnaires est essentiel : dans cette période troublée, cela protège les actionnaires qui se trouvent mieux informés, et permet de maintenir en place des gouvernances saines, qui est un élément clé pour assurer le bon fonctionnement des émetteurs.

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