En France, les entreprises familiales représenteraient 83 % des PME et ETI, ainsi qu’un emploi sur deux. Mais il y en a de moins en moins. Aujourd’hui, un tiers des entreprises familiales ne parviendraient pas à passer la deuxième génération, 10 % ne passeraient pas à la troisième. Pour encourager ces transitions, le gouvernement s’est notamment penché sur l’hypothèse d’un assouplissement du pacte Dutreil. Qu’en est-il vraiment ? Et finalement, la transmission ne doit-elle être que familiale ? Selon une étude de Deloitte de 2017, 59 % des dirigeants d’entreprises familiales n’avaient pas de succession définie. Le cas échéant, d’autres options se présentent : cession à un salarié, à un tiers, etc. Comment accompagner le dirigeant dans ces scénarios ? Quels sont les points de vigilance ? Autant de questions débattues par sept experts du sujet.

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Diversité des appréhensions de la transmission

Martine Blanck-Dap : Sur des aspects plus juridiques, je constate une prise de conscience des dirigeants qui « se réveillent » un peu plus tôt qu’avant pour réfléchir aux modalités de transmission de leur entreprise. Deux situations coexistent : soit les dirigeants sont relativement âgés et se préoccupent de la transmission au-delà de 68 ans seulement, soit il s’agit de jeunes chefs d’entreprise, d’une quarantaine d’années, voire parfois moins, qui ont créé une société qui s’est fortement capitalisée et qu’ils souhaitent vendre. Ils ont parfois la volonté de faire participer dans leur nouveau projet leurs enfants, souvent mineurs, ce qui engendre d’autres problématiques.

Branka Berthoumieux : Le sujet générationnel compte dans les problématiques de transmission. D’un côté, nous accompagnons des dirigeants qui ont créé, développé, qui dépassent l’âge de la retraite, avec une préoccupation très patrimoniale de la transmission de leur société, que l’on retrouve d’ailleurs dans la valorisation. Et d’autres dirigeants plus jeunes, qui montrent moins d’affect dans cette opération, considérant la cession de leur entreprise comme un acte de gestion, une réalisation financière.

Dans le cadre d’une entreprise familiale, le dirigeant a une double casquette, il est à la fois chef d’entreprise et chef de famille.

Pierre-Olivier Bernard, associé fondateur, Opleo Avocats

Pierre-Olivier Bernard

Entre en ligne de compte également la taille des entreprises concernées. Au sein des TPE, le dirigeant est souvent mal informé et insuffisamment préparé. Il est tout simplement pris par la gestion quotidienne de son entreprise et la nécessité d’être sur tous les fronts. C’est la raison pour laquelle les CCI ont un rôle primordial de sensibilisation auprès des dirigeants de TPE.

Au contraire, les dirigeants d’entreprises d’une taille plus importante font montre d’une autre culture face au sujet de la transmission de leur entreprise, et comprennent l’intérêt de préparer au mieux ce projet de vie et de s’entourer de conseils spécialisés.

Marc Sabaté : Il faut croiser un certain nombre d’axes d’analyse. La taille des entreprises induit des comportements différenciés. Dans des TPE de moins de 10 à 20 salariés, l’environnement est spécifique et les problématiques du chef d’entreprise portent plus sur des transferts de fonds de commerce que sur des transferts d’entreprise. Je crois alors beaucoup au rôle des acteurs de proximité que sont les chambres de commerce ou les syndicats professionnels. Le secteur d’activité de l’entreprise est d’ailleurs un axe de différenciation comportemental important car certains sont mieux organisés que d’autres sur ce sujet de la transmission.

Les PME-ETI, puis enfin les plus grands groupes, obéissent à des comportements différents dans une économie bien plus financiarisée. Là, le rôle des conseils est indispensable ; je pense notamment aux avocats, aux banquiers et aux conseils en transmission d’entreprise.

Il faut également noter une évolution des comportements. Les générations nées dans les années 1950-1960 ont aujourd’hui l’âge de transmettre et ont souvent une logique de transmission familiale. Dans les générations plus jeunes – on voit des chefs d’entreprise trentenaires qui pensent déjà à céder pour mieux rebondir ensuite – cette problématique de transmission familiale est moins évidente. Ce n’est pas un sujet parce que souvent les dirigeants n’ont même pas encore d’enfants ! Mais ils se posent la question de la cession plus tôt.

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